Hollywood veut faire de Francazal le plus grand studio d’Europe
Article mis en ligne le 8 juin 2011
dernière modification le 14 juin 2011
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NDLR : sympa, la vision des intermittents du spectacle... "La majorité des emplois nécessaires peuvent s’adresser à des populations en difficulté ou non-diplômées..."

Une major américaine a transmis un dossier au préfet de région et de Haute-Garonne dans lequel elle fait officiellement une offre de reprise de la base militaire de Francazal pour en faire l’un des plus grands studios de cinéma d’Europe.

C’est un coup de théâtre inattendu comme on les aime à Hollywood. Dans un courrier daté du 11 mai dernier, Me Jacques Lavergne, avocat à Toulouse, informe Henri-Michel Comet, préfet de région et de Haute-Garonne, du projet qu’échafaude son client sur la base aérienne de Francazal. Son client ? L’une des plus grosses majors américaines qui, très officiellement, propose au représentant de l’État de reconvertir le site militaire abandonné par l’armée en studios de cinéma.

Familier des productions Disney et Marvel notamment, ce grand nom du cinéma hollywoodien tenu secret par ses représentants en France, propose, ni plus ni moins, d’installer dans l’agglomération de Toulouse l’un des plus grands studios de cinéma d’Europe. « Il s’agit, avertissent Me Jacques Lavergne et Bruno Granja, mandataire de la société américaine en France, d’une affaire très sérieuse ». Ce dernier, 36 ans, architecte à Cugnaux et passionné de cinéma, est à l’origine du projet qui pourrait bouleverser l’avenir de la base militaire, vouée initialement à se transformer en plateforme privée de services aéronautiques. « J’ai toujours été surpris par la ressemblance architecturale de Francazal avec les studios Warner Bros à Los Angeles.

Lorsque j’ai appris que l’armée quittait les lieux, ça a été un déclic ». Bruno Granja a exploité alors ses entrées dans le milieu cinématographique américain, mais c’est surtout grâce à son culot et sa détermination qu’un studio a finalement mordu à l’hameçon. « Les convaincre n’a pas été très difficile », se souvient celui qui est devenu aujourd’hui le mandataire de la major en France. « Des hangars immenses où installer des plateaux, des locaux d’hébergement et de restauration, une piste d’atterrissage où peuvent se poser les stars en toute discrétion et décoller des hélicoptères pour des prises de vue aériennes dans les Pyrénées par exemple… Il suffit de 80 millions d’euros pour remettre les lieux en état, un investissement dérisoire comparé aux dépenses colossales englouties par la construction ex nihilo de studios de cinéma.

Dès le mois de mars, les Américains ont fait des propositions : ils s’engagent à fournir du travail aux studios de Francazal dont la gestion sera confiée à une société d’exploitation française pour laquelle des investisseurs se sont déjà manifestés. Mais le temps presse », avertit Bruno Granja. La major veut tourner ses premiers films à Toulouse début 2013.
Le plus grand studio d’Europe

Les studios de Londres vieillissent, ceux de Cinecitta en Italie agonisent tandis qu’à Alicante, la Ciudad de la luz, trop exiguë, étouffe sous la demande à laquelle les nouveaux studios de Budapest ne peuvent pas répondre. Bref, il reste, selon l’industrie cinématographique américaine, un potentiel d’activité à exploiter en Europe de l’ouest dont pourrait se saisir Francazal. « Il s’agirait, en terme de surface, de l’un des plus grands studios d’Europe et peut-être du monde », souligne Bruno Granja, en précisant que ce n’est pas, là, le seul atout de l’ancienne base aérienne. « La géographie de la France, située à mi-chemin entre les Etats-Unis et l’Asie pourrait également peser dans la balance lorsque les cinémas japonais, coréen ou thaïlandais auront à choisir leurs studios ».

De son côté, Me Jacques Lavergne insiste, lui, sur « l’impatience de la major hollywoodienne. Pour tout dire, précise l’avocat toulousain, mes clients souhaiteraient que les travaux d’études et de réalisation démarrent immédiatement. La deuxième phase serait réalisée en 2012 et toucherait à la réhabilitation de la base et son adaptation en studio, travaux chiffrés à 80 millions d’euros. Enfin, en ce qui concerne l’exploitation du site qui constituerait la troisième et dernière phase, la société américaine se projette à l’horizon très court de 2013. Aujourd’hui, avertit Me Lavergne, nos clients attendent une réponse. Ils sont dans une logique de croissance. S’ils ne se développent pas à Toulouse, ils partiront à Singapour qui leur tend les bras ».

L.L.

Un potentiel de 6 000 emplois

Dans la note de synthèse qu’ils ont adressée à la préfecture de région, Me Jacques Lavergne et l’architecte Bruno Granja insistent sur l’ impact économique, social et touristique de la reconversion cinématographique de la base militaire de Francazal. « A terme, indiquent l’avocat et le mandataire français des studios américains, l’opération peut produire 6 000 emplois directs et indirects ». Ils ajoutent, à titre d’exemple, que « l’implantation du dernier studio du groupe sur le continent américain a créé 13 000 embauches ». Il s’agit, considèrent par ailleurs MM. Lavergne et Granja, d’un projet réellement social. « La majorité des emplois nécessaires à la bonne marche d’un studio est issue des métiers de l’artisanat : peinture, menuiserie, coiffure, couture, cordonnerie, ferronnerie, etc., qui peuvent s’adresser à des populations en difficulté ou non-diplômées ». Enfin, rappellent-ils sur la base d’informations fournies par l’industrie cinématographique, « 1 $ investi dans une production génère 2,5$ de retombées pour l’économie locale ».

Jacques Lavergne et Bruno Granja attirent également l’attention des services de l’Etat sur la bonne affaire touristique que Toulouse et sa région peuvent réaliser grâce à la reconversion artistique de Francazal. « Un studio de cinéma suscite naturellement l’intérêt du public. Comme cela existe ailleurs, une partie du site sera ouverte aux visiteurs, suivant une scénographie à établir mais qui s’articule généralement autour de boutiques de souvenirs, salles de cinéma, espaces de restauration et de loisirs. Plus globalement, c’est aussi tout le patrimoine naturel de Midi-Pyrénées qui doit profiter d’une formidable promotion. Les Pyrénées, les littoraux, nos villages, notre nature sauvage offrent de superbes décors qui ont déjà séduit les Américains ».

Ils notent enfin que l’implantation de studios à Francazal doit s’accompagner de la création d’une école de cinéma et de l’installation de la base européenne du Cirque du Soleil génératrices, elles aussi, de nombreux emplois.

L. L.

Les services de l’Etat ont fixé un rendez-vous

Ce n’est, a priori, qu’une question de jours. Interrogée par « La Dépêche du Midi », la préfecture confirme avoir accusé réception du dossier transmis par les studios de cinéma américains, via leur avocat toulousain, Me Jacques Lavergne.

« La reconversion de l’ancienne base militaire de Francazal est une opération d’importance à laquelle collaborent les émanations régionales et départementales des services de l’État en Haute-Garonne et Midi-Pyrénées », souligne un représentant du préfet, en rappelant que ce patrimoine abandonné par l’armée de l’air en mars 2010 est la propriété de l’État. C’est également à lui, en partenariat avec les collectivités locales, qu’il appartient de faire le tri parmi les entreprises candidates à une implantation sur l’immense site qui s’étend sur plusieurs communes de l’agglomération toulousaine.

Récemment, le dossier déposé par l’entreprise Atlantic air industries a été accepté, confirmation de la vocation de plateforme de services aéronautique promise à la base militaire désaffectée. « Or, précise Me Lavergne, il paraît difficile qu’il puisse s’établir sur le site une coexistence entre l’industrie cinématographique et une autre activité, à l’exception, bien sûr, de l’exploitation de l’aéroport qui constitue un atout supplémentaire pour les studios ».

Malgré ces exigences, la préfecture a assuré, hier, que ce dossier de nature à contrarier l’avenir aéronautique de Francazal « sera examiné avec l’attention que nous devons naturellement lui manifester. Nous en pèserons les avantages et les inconvénients, les forces et les faiblesses, comme nous l’avons toujours fait depuis que nous travaillons à la reconversion de la base », conclut un collaborateur du préfet.
interview
"Bien sûr, je rêve d’un happy end"

Le projet de reprise de la base militaire de Francazal par un studio de cinéma américain est-il sérieux ?

Philippe Guérin, maire de Cugnaux. Absolument. J’accompagne ce projet depuis son origine, lorsque l’architecte Bruno Granja me l’a présenté et sollicité mon soutien. C’était au mois de septembre dernier. Depuis, des choses concrètes se sont passées, qui témoignent du haut intérêt manifesté par ce puissant studio américain à l’égard de la base de Francazal.

A quoi pensez-vous en particulier ?

Avec Bruno Granja, nous avons rencontré le président du studio auquel nous avons présenté le site, son potentiel. En ma qualité de président du Comité régional du tourisme, j’ai également insisté sur la richesse du patrimoine naturel de Midi-Pyrénées qui offre de superbes décors à l’industrie cinématographique. Ils ont, par exemple, adoré les Pyrénées. Bref, à l’issue de notre entretien, le studio a renouvelé son offre de reprendre la base via une société d’exploitation française.

Vous soutenez donc ce projet qui va à l’encontre de la reconversion de Francazal en plateforme aéronautique ?

Quel élu, aujourd’hui, ne donnerait pas sa chance à un projet susceptible de créer plus de 5000 emplois ? L’agglomération toulousaine dont on critique parfois le modèle économique mono-industriel tient-là, me semble-t-il, une formidable occasion de se diversifier. Les groupes privés qui, d’ores-et-déjà, se disent prêts à investir, ont compris l’intérêt de cette opération.

Or à ce jour, la major américaine est toujours dans l’attente d’une réponse à son offre ?

Je rappelle que la base aérienne reste une propriété de l’État. Je sais que le préfet a été officiellement saisi du dossier mi-mai. C’est à lui, désormais, qu’il appartient de décider de la suite que l’on donnera à cette affaire.

Recueilli par L.L.


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