15% du cachet pour les agents d’artiste : le méritent-ils ?
Article mis en ligne le 13 avril 2011

par Webmestre
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NDLR : voila qui devrait encore accroitre le fossé en les techniciens et les stars qui vont, en toutes logique, demander un alignement de 5% supplémentaire. C’est quoi, déjà, la répartition du budget aujourd’hui ?....

Ils négocient le cachet des artistes, leur place au générique, réservent à leurs protégés une épaule compatissante ou une bonne engueulade. Ces bonnes fées, ce sont les agents artistiques. Ils empochent 10% de la rémunération de leur poulain, pourcentage qui pourrait bientôt passer à 15%, via un décret qui agite le monde du cinéma et de l’audiovisuel.

Il s’agit de l’application d’une loi de 2010 permettant la mise en conformité avec la législation européenne. Elle aura pour effet l’unification des statuts des agents artistiques et des managers.

Et c’est là que ça coince. Les deux métiers sont très différents : le manager musical ne suit en général que deux à trois musiciens, dont il maîtrise entièrement la carrière. L’agent gère une multitude d’artistes, et touche une part fixe de leur revenu.

Les producteurs, mais également les syndicats d’artistes ne voient pas d’un bon œil ce décret-cadeau fait aux agents/managers.

L’agent est avant tout un « orpailleur, un découvreur de pépites », selon l’expression de la sociologue Delphine Naudier, co-auteur d’une étude sur le travail des intermédiaires du travail artistique. A l’image du plus célèbre d’entre eux, Dominique Besnehard, l’agent doit d’abord savoir débusquer le talent, parmi les milliers de sollicitations qui lui parviennent. Et ne pas le gâcher.
« C’est nous qui prenons sur la gueule »

Tâche difficile, car la concurrence est féroce depuis une dizaine d’années. En tout, 105 agences se disputent aujourd’hui les artistes de cinéma en France. Tandis que les chaînes de télévision restreignent leur budget fiction, misent de moins en moins sur des jeunes talents, et compromettent la tâche des débusqueurs de pépites.

Pour l’acteur, chanteur ou scénariste, l’agent est essentiel. C’est sa vitrine. Une manière implicite de prouver qu’on peut miser sur lui. C’est aussi son ange gardien personnel.

« La base de ce métier, c’est de préserver le comédien. Dès que quelque chose doit être pris dans la gueule, c’est pour nous. » Sezny Flandrin, de l’agence Dynamite Talents, assume son côté masochiste.

C’est lui qui reçoit les coups de fil de réalisateurs excédés par les caprices de l’acteur. Et qui gère les douloureuses questions pécuniaires. Delphine Naudier :

« En se concentrant sur la dimension matérielle, l’agent permet à l’artiste, qui n’a pas à s’occuper de ces affaires, de se cantonner au volet artistique. Ce rôle de tampon permet de maintenir l’enchantement. »

Agent juridique et personnel

Les agents côtoient les directeurs de casting lors des avants-premières et des projections, les abreuvent de mails et de CV. Et surtout, ils négocient. Pour un rôle, un scénario, un cachet… Et bien plus.

« On n’est plus dans le placement pur et simple », affirme Bruno Hessel, agent spécialisé dans le spectacle de variétés. « On défend l’image de l’artiste, ses droits, on échange avec la Sacem. » Un quotidien fait d’actes juridiques de plus en plus spécialisés, qui exige souvent une formation spécialisée. Même si depuis la loi de 2010, l’agent n’a plus besoin d’une licence.

Et les artistes, qui n’ont pas toujours l’œil attentif aux clauses imprimées en bas de page, ne sont pas en mesure de se défendre seuls. Car dans le monde impitoyable du show-business, la parole donnée ne vaut pas un bon vieux contrat. Christophe Lavalle, acteur, témoigne de l’importance d’être conseillé juridiquement :

« J’avais été choisi pour un gros film, à l’époque où je me débrouillais tout seul. Ils m’ont appelé deux jours avant le début du tournage pour m’annuler.

“Tout ce que j’ai réussi à négocier, c’est une ‘silhouette’ [une apparition mineur à l’arrière-plan d’une scène, ndlr], qui a été coupée au montage. Un agent se serait assuré que je touche 50% du cachet. Je me suis dit ‘Plus jamais ! ’”

“Si un film ne paraît pas convenir, c’est à moi de dire non”

L’agent de Christophe Lavalle, Sezny Flandrin, se dit loin du “faiseur de miracles”, mais toujours disponible pour ses 80 clients.

“On accompagne les comédiens, on souffre avec eux, on démarche très vivement les directeurs de casting. Et si un film ne paraît pas convenir, c’est à moi de dire non.”

Il ne s’agit pas uniquement de débattre rémunération et nombre de jours de tournage. L’agent oriente aussi la carrière de l’artiste, histoire d’éviter une compromission dans une pub bas de gamme.

Delphine Naudier parle de “valeur symbolique de l’artiste”. Selon elle, “l’idéal des agents est d’arriver à combiner une forte valeur marchande et une bonne réputation.” Dans son article “Les fonctions socio-économiques des intermédiaires du travail artistique”, coécrit avec Wenceslas Lizé et Olivier Roueff et publié dans une revue belge, elle revient sur cette contradiction inhérente au métier, qui combine deux domaines irréconciliables : l’art et l’économie.
“Les producteurs embauchent toujours les mêmes”

A ce dilemme, la crise de l’offre dans le milieu du cinéma a répondu de manière radicale. Les places sont si rares que les comédiens se résignent à n’importe quel rôle. Martine Lapertot exerce le métier depuis trente ans. Elle est amère quand elle parle du cinéma actuel :

“Notre plus grande difficulté, c’est de faire connaître les comédiens. Ils ne tournent pratiquement plus. Les producteurs embauchent toujours les mêmes, ou alors ils prennent des acteurs locaux pour réduire les coûts.

Le fait que les chaînes soient aussi des producteurs favorise le star system, elles ne prennent pas de risque. Et il y a trop de monde, car ils veulent tous faire du cinéma aujourd’hui.”

Sezny Flandrin confirme : »On est dans des métiers où les temps de recherche se sont raccourcis, et les directeurs de casting sont extrêmement sollicités. Pour un agent, c’est compliqué lorsqu’il n’a pas de grand nom. »
Un lien de confiance total

Les agents sont unanimes sur les moyens de traverser cette période difficile : un lien de confiance total, et un artiste dynamique. « Un comédien doit savoir se constituer son réseau, affirme Sezny Flandrin. Et un agent ne remplace pas l’énergie que doit mettre un comédien à faire du contact et jamais s’isoler. Un comédien seul est mort. »


flèche Sur le web : http://www.rue89.com/2011/04/10/15-...
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